Havre-aux-Histoires ou quand la fiction devient réalité

12483741_1531712553796707_1813060184_nPhoto @ Collection famille Richard.

Nous sommes à Summerside au Salon du livre de l’Île-du-Prince-Édouard, juin 2014. Pendant le repas d’adieux avec musiciens et danse callée, je suis assise à la même table que Jocelyn Boisvert, auteur-jeunesse (la série Esprits de famille, vous connaissez ? C’est lui.) Nous discutons avec animation tandis que l’atmosphère devient de plus en plus festive et gaie. Au moment où il me dit : faut que je te parle d’une idée… une dame s’avance et l’invite à danser un set carré. Ce n’est que des mois après que j’apprendrai ce qu’il avait  l’intention de me dire ce jour-là. Deux ans plus tard, voici Havre-aux-Histoires.

Projet de collecte d’histoires singulières et surprenantes

Quand la vie nous chavire,
quand le hasard nous laisse pantois,
quand la providence nous ravit,
quand la réalité rejoint la fiction.

Tout le monde a dans son bagage quelques formidables histoires à raconter. Des histoires incroyables, tirées par les cheveux, que l’on dirait « arrangées avec le gars des vues ». Des faits improbables qui donnent envie de croire au destin. Des anecdotes riches et significatives qui mettent en relief des facettes insoupçonnées de l’expérience humaine. Des récits invraisemblables et pourtant vrais.

Tenez-vous bien! Les auteurs Jocelyn Boisvert et Suzanne Richard sont à la recherche de ces bribes d’existence qui occupent une place de choix dans votre mémoire. Une folle histoire d’amour, un malentendu aux proportions épiques, une coïncidence renversante, une rencontre qui a bouleversé votre vie… Toutes les histoires sont bienvenues, à condition qu’elles soient véridiques et qu’elles aient, de quelque façon que ce soit, un lien avec les Îles-de-la-Madeleine.

Gens des Îles, amoureux des Îles, à vos crayons! Votre texte, aussi court que possible, devra tenir sur une page, maximum deux. Important : les auteurs du projet ne recherchent pas des œuvres littéraires, mais des expériences personnelles qui sont arrivées pour de vrai. Et si vous n’aimez pas écrire, les auteurs se feront un plaisir d’aller à votre rencontre pour écouter votre histoire.

Cette idée est directement inspirée du National Story Project, un projet orchestré par l’écrivain Paul Auster, qui a demandé à la population américaine de lui envoyer des récits étonnants. Chaque mois, l’auteur lisait les meilleures histoires dans une populaire émission radiophonique. Cette initiative a donné naissance à Je pensais que mon père était Dieu, un recueil des anecdotes collectées paru il y a une quinzaine d’années aux éditions ACTES SUD. Tout comme le National Story Project, certaines des histoires recueillies seront immortalisées dans un livre publié aux éditions la Morue verte. Vous avez une histoire à raconter ? Écrivez-nous à havre.aux.histoires@gmail.com

Quand les mots voyagent

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Photo : Myriam LaPlante.

C’est l’écriture d’un recueil de nouvelles en 2013, qui m’amène à m’intéresser de plus près aux mots marins.  Et puis tout de suite naît l’envie de faire connaître leur histoire fascinante auprès des élèves grâce au programme Culture à l’école et plus tard auprès du grand public. Peut-être par peur qu’ils tombent dans l’oubli…

La semaine prochaine, les mots et moi nous traversons l’Atlantique. C’est vrai ! Une fin de semaine thématique qui s’appelle Les mots des Madelinots aura lieu en France les 12 et 13 septembre prochains. Je suis invitée par le Musée maritime situé sur l’île de Tatihou, une idée de Sylvie Coulot, directrice du Musée. Elle a assisté à la causerie que j’offrais sur La Grave aux îles-de-la-Madeleine à l’été 2014. Deux mois plus tard elle m’envoie une lettre d’invitation pour venir en France offrir précisément cette conférence.

Je me souviens très bien du jour de la causerie sur La Grave. Ce jour-là, dans l’assistance, une personne dormait. Et je crois qu’à cause d’elle je me suis surpassée. Cela m’a amusé et en même temps mis à l’aise. Depuis, je crois qu’un dormeur anonyme devrait accompagner toutes les présentations orales et conférences de toutes sortes puisque cela allège l’atmosphère et vous empêche de vous prendre trop au sérieux. J’ai une pensée sincère pour cette personne à chaque fois que je prends la parole en public. Sérieux. Merci.

Mais revenons à nos… mots. Les mots de la navigation et de la mer sont encore présents de nos jours dans la langue québécoise et particulièrement dans les lieux situés près des côtes. C’est le cas aux îles-de-la-Madeleine où on amarre son bateau mais aussi son chien, ses poubelles -quand il vente- et ses souliers. Vous le saviez qu’un lacet peut aussi être une petite amarre? Le Larousse lui-même le dit. Mon grand-père aussi le disait. Et lui, il amarrait tout. Un colis, une tuque, enfin tout ce qui avait une corde.  Et si vous venez chez-nous ne soyez pas surpris si on vous offre du thé,  qu’il soit versé jusqu’à par-dessus bord et qu’on vous l’apporte en faisant attention de ne pas le chavirer.

Je fais ma valise et je souris en pensant à ces mots qui en traversant l’Atlantique, retournent un peu chez-eux…🙂

L’auteure désire remercier Le Conseil des Arts et des Lettres du Québec, (CALQ) le Conseil général de La Manche et le député des îles à l’Assemblée nationale Monsieur Germain Chevarie pour leur soutien pour le déplacement en France. Elle remercie également Arrimage et la Municipalité des îles pour leur aide au développement. Pour en apprendre davantage http://www.musees-basse-normandie.fr/musees-normandie-musees/musees-musees-normandie-actualites.php?idm=53

Le premier maringouin que je vois, je le frenche

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(Titre : Citation d’un auteur inconnu) Texte d’humeur d’hiver 19 mars.

Une autre. Ceux qui ont passé l’hiver ici savent de quoi je parle. C’est comme dans Harry Potter on n’ose plus nommer La chose. Depuis la fin janvier on s’éveille le matin, on pèse le piton de l’objet qui nous a réveillé et on se glisse la tête dans les rideaux. Puis tout de suite on court vérifier auprès d’une source fiable si ce qu’on voit, c’est ce qu’on a. Y a des matins je vous dis, on voit pas grand-chose. Lire la suite

4 tableaux : Isabelle, le fiancé et le noctuidé

J’ai participé à une soirée lecture où nous avions pour thème « métamorphose ». Le papillon est venu de lui-même. En quatre temps.

Tableau 1 

Le papillon brun, gris, beige et silencieux n’a rien dit, rien demandé. Il est là tout seul il a juste l’air d’être là. Avec ses deux antennes il balaie devant lui de droite à gauche, sur le plafond incliné. Il ne sait pas qu’il va devenir dans un instant le centre de l’attention. D’un mouvement tranquille il effleure la peinture qui s’écaille dans cette chambre où une chaîne sert à allumer l’ampoule nue. De cette chambre on peut dire le soyeux des draps, le ruban de satin vert attaché à la chaîne de l’ampoule nue… la rondeur d’une épaule qu’on effleure au rythme des mots qui s’échangent à voix basse, dans ce lieu où ils ne sont pourtant que deux, à l’abri du monde. Lire la suite

Ya du sable

J’ai eu un jour envie de parler d’ici. Ce texte est venu comme une chanson. 

Y a du sable dans mes yeux
Dans mes sourcils pis dans mes cils
J’en ai jusque dans les cheveux
J’en ai même ramené en ville

Ya du sable dans les chips
Pis aussi dans les sandwiches
Partout c’qui en a
Ça met du croquant
J’en ai de pris dans les dents d’en avant

Dans le sable
Y a des coques et des coquilles,
Des traces de goéland et du goémon
Des coquillages et des voyages.

Dans le sable
Y a le temps qui passe
Et puis ton nom écrit avec un bois.

Y a mon petit frère enterré jusqu’au cou
Pis j’aimerais ça qu’il ait juste une tête tout-à-coup.

Dans le sable
Ya des peannuts
Que le petit vient de chavirer
Va falloir encore les frotter
Si on veut les manger

Dans le sable ya toi et moi
Qui tracent des initiales de vedettes, de chanteurs, de joueurs de hockey
Pour essayer de les deviner
Pis celles du gars dans ta classe
C’était juste pour te niaiser

Ya du sable
Dans l’char sur les sièges et les tapis dans la radio,
Et dans le petit truc pour mettre les cennes

On a beau se secouer à la serviette
Se frotter, se rincer, se laver,
On en transporte toujours au moins une petite miette
Mais le pire c’est mon costume de bain
Je pense que j’en ai trouvé de l’année passée
Si c’est pas de l’autre année

Y avait du sable
Sur la serviette
De la cousine de Joliette
On le sait, on l’a eu dans les lunettes
Elle a pas fait «exiprès»
– Ça, ça m’étonnerait !
Non, ça l’air que le sable et pis le vent
Ils ont pas ça su’l continent

Ya du sable dans la maison à la grandeur
Sur le plancher, dans l’frigidaire,
La laveuse, la douche, le lit
Y en a aussi sur la galerie
On va en ramasser jusqu’à Noël
Pis l’année prochaine
On recommence de plus belle

Pis si un jour
Y a pu de sable
Dans mes cheveux mes cils et mes sourcils
Ça voudra dire qu’il se sera poussé loin d’ici
Et que je serai à veille de partir moi aussi
Et mes yeux auront jamais piqué de même de ma vie.

Dans le sable, y a le temps qui passe,
Et puis ton nom écrit avec un bois.

Suzanne Richard © 2014

Comment je suis devenue la Madame de la mer

Il y a bientôt un an, j’ai lancé un recueil de nouvelles La mer, trois kilomètres à gauche, paru aux éditions la Morue Verte. Toute une aventure qui m’a amené en 2014 à visiter les écoles aux îles pour y parler métier. Pendant une heure ou des fois deux on jase de vraies affaires comme des mots. Je leur parle de mes mots préférés  – chacun ses trucs – moi c’est les mots de la mer. J’ai une affection particulière pour ceux qui sont passés dans le langage «terrestre» et qu’on ne remarque plus. Vous saviez qu’aux îles-de-la-Madeleine on amarre nos souliers ? Si vous cherchez amarre dans le Larousse, il est écrit qu’une petite amarre c’est un lacet. Lire la suite

En passant

Comment survivre à une tempête en 4 étapes avec un rhume et deux chats

27 mars 2014, à 19:57

1. La bouffe. J’ai pris l’habitude de cuisiner pendant les tempêtes. Ça m’occupe et m’empêche de toujours être à la fenêtre à me demander si le vent est pire que tout à l’heure. Et en plus, ça sent bon dans la maison. Hier, j’ai fait une soupe aux poireaux et des brioches à la cannelle. Je voulais vous inviter mais le réseau routier était fermé. C’est tellement bon des brioches tièdes à minuit.

2. La musique. J’habite la maison que mon arrière-grand-père Arsène a bâtie. Elle n’est plus toute jeune mais elle a belle allure avec son bardeau de cèdre rose et ses fenêtres crème refaites à neuf par un charpentier qui sait encore les faire par cœur. Pendant une tempête je suis à l’affût de tous les moindres bruits de la maison.

Le vent qui sile dans la porte comme la corde à linge qui fait houhou. Ces sons à la longue me rendent folle. J’ai développé un truc. Je mets la musique juste assez fort pour faire taire la plainte du vent. C’est la même chose avec un vieux char, quand on veut couvrir le bruit du moteur. Pour les rafales en haut de 100 km/ h je conseille l’accompagnement avec tout l’orchestre.

3. La chaleur. Quand il vente 90 km/h ou 100 km/h sur une butte, j’aime autant vous le dire, dans la maison ancestrale ça soupire un peu dans les rideaux. Dès l’apparition des premiers courants d’air, je rajoute une couche de laine. Une tuque, des bas, un gros col roulé, la robe de chambre en minou … il ne sert à rien de s’inquiéter des fautes de goût, il y en a beaucoup. Puis de toutes façons personne ne vient en visite des journées comme hier. La seule chose à éviter c’est de se croiser devant le miroir. Au moment d’aller au lit, il faut bien calibrer le confort de votre couche en fonction des précipitations annoncées. Par exemple, une prévision de 30-40 centimètres de neige exige environ 3-4 pouces d’épaisseur de couvertes.

4. Rester zen. Suzanne soit zen. Suzen.  Il fait nuit. Une rafale vient de faire trembler la maison qui résiste. Elle rugit comme ma vieille Chevette caramel, d’étudiante, à l’université. Elle tremblait exactement comme ça … vers la fin. J’observe les chats, Météore roulé en boule sur le divan, et Noroît qui se prend pour un tapis, étendu de tout son long sur le dos, par terre. Ils n’ont pas bougé. Même pas cillé. J’appelle ma sœur. Qui est aussi ma voisine. Avec sa fille elle a fabriqué «un coin tempête,» un matelas et des coussins déposés sur le sol du séjour pour y lire et dormir entre les chapitres. On se promet un Scrabble quand se sera plus calme. Puis ma voisine d’en face m’appelle pour me parler d’une idée qu’elle a eue et elle me glisse en passant que si j’ai besoin, peu importe l’heure, ils sont là. Elle et son mari. Je retourne à mes fourneaux, puis au châssis.

Parfois entre deux rafales, j’aperçois leurs lumières timides dans la poudrerie. Et je souris.

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